La télémédecine dans le dépistage du mélanome : une évolution nécessaire ?

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À la lecture du titre de cet article, beaucoup de lecteurs se poseront plutôt la question suivante : “Mais pourquoi la télédermatologie n’est-elle pas déjà utilisée pour améliorer le dépistage du mélanome cutané (MC) ?” Sachant qu’il est clairement démontré que l’expertise des dermatologues est irremplaçable pour identifier un mélanome – ou, pour citer Bergson, que “l’œil ne voit que ce que l’esprit est préparé à comprendre” –, cette interrogation semble plus que légitime.

Mais intéressons-nous d’abord à l’état de la situation :

  • l’incidence du MC a doublé au cours des 20 dernières années ;
  • le nombre de consultations pour dépistage est en augmentation régulière, conséquence d’une meilleure information des patients et de leur vieillissement ;
  • 3 400 dermatologues sont actuellement en exercice en France, mais ils ne seront plus que 1 500 en 2020 ;
  • 80 % des MC sont initialement vus par le médecin traitant, lequel ne fait le diagnostic que dans 40 % des cas ;
  • les non-dermatologues posent un diagnostic erroné, par excès ou par défaut, dans plus de 2/3 des cas, que ce soit en ville ou à l’hôpital.

Tout cela entraîne diverses conséquences. Ainsi, les dermatologues et les services hospitaliers de dermatologie sont “asphyxiés” par les consultations pour des lésions pigmentées bénignes. Par ailleurs, les patients présentant un MC sont vus avec retard en raison de l’allongement des délais de rendez-vous, ce qui entraîne une aggravation du pronostic de leur MC. Cette situation tend à empirer, alors qu’en ce qui concerne les lésions pigmentées, la télédermatologie a démontré les mêmes performances diagnostiques et de prise en charge que la dermatologie “face à face”. Elle améliore en outre le tri des patients et, surtout, elle a démontré une amélioration significative du pronostic des MC grâce à une détection plus précoce.

Quelles explications peuvent expliquer ce retard à la mise en place d’un dépistage à distance des MC ? La raison principale, qui domine très largement toutes les autres, est l’absence d’une lettre clé pour l’acte de télémédecine dans la CCAM. S’y ajoutent diverses expressions de la résistance au changement, comme la crainte d’un risque médico-légal, qui n’est pourtant pas plus élevé que pour une consultation face à face, le manque de maîtrise technique, le manque de temps pour se former… Mais aussi la difficulté à mettre en place un réseau de dépistage, en raison de la multiplicité des intervenants et de la complexité des processus, en particulier administratifs. Enfin, nombreux sont les médecins traitants qui ne possèdent pas l’équipement nécessaire à une demande d’avis à distance (qui se réduit pourtant à la possession d’un appareil photo numérique reflex) et encore trop nombreux les[...]

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À propos de l’auteur

Service de Dermatologie, Hôpital Saint-Louis, PARIS.