L’approche psychosomatique en dermatologie. Le point de vue d’une psychanalyste.

0

La peau n’est plus considérée comme une enveloppe inerte, elle est, bien au contraire, reconnue comme un organe vital fondamental de la vie de relation. La peau, située à la limite du corps, constitue une enveloppe sensible à la frontière du monde extérieur et du monde intérieur de l’individu. D’ailleurs, toutes les cellules de la peau, y compris les cellules immunitaires, sont en contact avec les fibres nerveuses présentes dans la peau, produisent des neuromédiateurs et ont des récepteurs à ces molécules. En outre, toutes les cellules cutanées ont des récepteurs pour toutes les hormones connues libérées dans le flux sanguin par des organes spécifiques sous le contrôle de l’axe hypothalamo-hypophysaire (par exemple, les hormones dites du stress, cortico- et médullosurrénales) [1].

Cette peau réelle est dans un lien métaphorique avec une structure psychique fantasmatique qui joue à la fois le rôle de limite de l’espace psychique, mais aussi de contenant de cet espace et de lieu d’échanges entre le monde extérieur et le monde intérieur, psychique du sujet. Ainsi, quand un sujet rougit, il craint bien souvent que, dans ces conditions, ses pensées intimes ne se dévoilent aux yeux des autres. La peau est l’organe du toucher, dont elle est le support et le contenant, et un organe visible. Elle est liée à la beauté et à la séduction. Facilement accessible, elle peut être embellie, rajeunie, parée mais aussi attaquée.

À tous les âges de la vie, de la naissance à l’extrême vieillesse, en passant par l’adolescence, la peau occupe une place fondamentale dans la construction d’un sujet toujours en devenir, et dans la préservation d’un équilibre somatopsychique harmonieux et dynamique. D’ailleurs, sur la peau de chaque individu s’inscrivent les traces visibles ou invisibles de ses liens avec ses premiers objets, de sa filiation, de son appartenance socioculturelle et/ou religieuse, de son identité, des divers traumatismes qui ont jalonné sa vie, du temps qui passe. La peau est aussi le lieu de naissance, grâce aux échanges tactiles précoces, de la tendresse, de la sensualité, du plaisir, de la sexualité. Ces échanges tactiles se tissent d’abord avec le personnage maternel et s’associent aux autres échanges, comme ceux autour du regard principalement.

La peau participe donc pleinement et constamment aux relations professionnelles, sociales, amicales, intimes et sexuelles. Lorsque la peau se transforme, s’altère, est malade et/ou douloureuse, l’attention à soi, aux autres et au monde en est bouleversée. Ainsi, plus que tout autre organe, la peau renvoie au sujet tout entier [2].

Les maladies cutanées altèrent le toucher, elles sont visibles et bouleversent donc la vie de la relation. Elles sont en outre très souvent chroniques. Leur visibilité a favorisé, depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations, le fait[...]

Connectez-vous pour consulter l'article dans son intégralité.

Pas encore abonné(e)
INSCRIVEZ-VOUS

Inscrivez-vous gratuitement et profitez de tous les sites du groupe Performances Médicales

S'inscrire
Partagez.

À propos de l’auteur

Dermatologue et psychanalyste