La première question à laquelle il faut répondre est : “Y a-t-il une différence entre peau blanche et peau noire ?”, en dehors de la simple différence, connue, de répartition de la mélanine au sein de l’épithélium et de sa qualité (eumélanine/phaeomélanine). La réponse à cette question nécessiterait déjà de savoir comment différencier une peau blanche d’une peau noire, ce qui fait appel à la notion d’ethnicité dont les critères d’appartenance manquent cruellement (cf. classification Eurasian/Far East Asian, Negro African, Negro American…). Ensuite, aucune étude de la peau ne peut s’affranchir, outre l’ethnicité, de la part culturelle, là encore potentiellement différente au sein de la même “ethnie”, ainsi que de la part d’acclimatation aux facteurs d’environnement (il est différent d’étudier une peau noire en Afrique que la même peau en Europe, du fait notamment d’une hygrométrie totalement différente, avec un fonctionnement enzymatique modifié en parallèle).
Les résultats qui ressortent de plusieurs études, et qui semblent donc être valides, sont qu’il n’y a pas de variation majeure dans la composition de la couche cornée [1, 2]. La jonction dermo-épidermique serait plus circonvoluée (donc plus longue) sur peau noire et – plus intéressant en matière de prurit – les granules des mastocytes (dont la tryptase) seraient plus grands dans les peaux noires [3].
Il ne sera pas question dans ce résumé des disparités génomiques, socio-économiques ou géographiques qui peuvent exister et majorer le prurit principalement sur peau noire (par exemple, absence de gale onchocerquienne en dehors de l’Afrique subsaharienne). Une des causes principales de prurit dans le monde, essentiellement sur peau noire, reste la iatrogénie liée à la chloroquine administrée en traitement ou en prévention du paludisme puisque 2 milliards de personnes sont régulièrement exposées aux divers Plasmodium et que le prurit après chloroquine peut toucher jusqu’à 25 % des patients selon certaines séries.
En dehors de toute considération de ce type, il semble bel et bien que le prurit soit plus intense chez les patients ayant une peau noire comme le suggèrent Mauck et al. [4]. Une explication pourrait venir de la protéine PAR-2 impliquée tant dans l’hyperpigmentation post-inflammatoire (fréquente sur peau noire) que dans le prurit [5], et qui peut d’ailleurs être activée par la tryptase.
Ainsi, lors d’une consultation pour prurit, face à un patient ayant un phototype IV, V ou VI, l’interrogatoire doit avoir une place importante afin d’éliminer un facteur culturel ou ethnique (utilisation du filet sous la douche, coining chez les patients asiatiques, application de topiques irritants ou iatrogénie systémique, etc.) mais il est utile de rappeler que l’origine du prurit sera plus souvent une dermatose sous-jacente[...]
Connectez-vous pour consulter l'article dans son intégralité.
Vous êtes abonné(e)
IDENTIFIEZ-VOUS
Pas encore abonné(e)
INSCRIVEZ-VOUS
Inscrivez-vous gratuitement et profitez de tous les sites du groupe Performances Médicales
S'inscrire